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C’était il y a peu le 11 novembre, et, j’espère que je ne vous apprends rien, c’est la commémoration de l’armistice de la Première Guerre mondiale (mondiale sans majuscule, hé oui). Vous allez encore trouver que j’envisage l’Histoire sous un angle tordu, mais l’une des choses qui me fascinent dans cette boucherie, ce sont les gueules cassées et la chirurgie réparatrice qui en a découlé. Ben oui, ça devait pas être beau à voir, la vie de ces hommes était déjà bien détruite par les horreurs qu’ils avaient vues, alors des pionners se sont mis en tête de leur redonner assez de dignité pour affronter le regard des autres. En effet, non seulement ces soldats pouvaient avoir la moitié du visage arraché, entrainant hémorragies et asphyxie, mais ils faisaient face à deux types de complications: les constrictions et la mauvaise consolidation des fracture. Il faut savoir que les services de santé n’étaient pas exactement très bien organisés pour gérer les blessés de ce type. Une étape essentielle de la reconstruction du visage tenait à la mise en place de prothèses plus ou moins élaborées, comme la gouttière de contention ou le casque de Darcissac, avant la chirurgie proprement dite.


Mutilation de la face, chute en masse du maxillaire supérieur

Gouttière en place montrant la réduction et la contention du maxillaire inférieur vue de face

Gouttière en place montrant la réduction et la contention du maxillaire inférieur vue de profil

Images ci-dessus via.

Le port du casque nécessite une immobilisation de deux à trois semaines afin de permettre la consolidation des structures. Mais le casque tournait sur le crâne du blessé, occasionnant de très vives douleurs. En outre, la salive s’écoulait en permanence, ce qui épuisait le défiguré. Les greffes ostéo-périostiques s’appliquaient quant à elles à réparer les pertes de substance osseuse plus ou moins étendues. Ce procédé n’était pas nouveau, mais son application fut étendue, notamment grâce au Dr Delagenière, médecin chef du centre de chirurgie maxillo-faciale du Mans. La méthode s’appuie sur la fonction sécrétante du périoste (membrane fibreuse qui entoure l’os et seule partie active de l’os).

Par exemple le monsieur ci-dessus a la paroi externe des fosses nasales et la base du maxillaire supérieur manquantes. (images via). La greffe ostéo-périostique va prélever un greffon sur la face interne du tibia du blessé et le poser sur la région réceptrice. Le greffon, très malléable, s’applique sur la perte de substance et prenant la forme voulue, assurant le rétablissement complet et solide de la continuité osseuse. Comme on le voit, le résultat est plus que fonctionnel. La greffe Dufourmontel fut développée en 1918 par le docteur du même nom.

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Le principe est simple: le chirurgien découpe une lanière, composée de deux épaisseurs de peau, au sommet du crâne du blessé (la qualité du cuir chevelu étant supérieure à celle du bras) pour assurer ainsi la vitalité du lambeau. Il transpose ensuite le lambeau de manière à réaliser une véritable sangle et le rabat sur la partie mutilée du visage. Ce procédé permet de combler la perte de substance et d’éviter également la rétraction de la greffe. Comme on le voit sur les photos ci-dessus, le résultat est assez étonnant.

Évidemment, tout cela se fit au prix de grandes souffrances. Et malgré les résultats sur le plan esthétiques, l’épreuve psychologique resta très difficile à surmonter.
Pour en savoir plus:
  • Exposition virtuelle de la Bibliothèque Interuniversitaire de Médecine sur la chirurgie réparatrice des gueules cassées. Pour découvrir plus de tecnhiques chirugicales de reconstruction de la face des Gueules cassées.
  • Des études de cas, sur Project Facade. La navigation se fait par le menu de gauche.
  • L’association des Gueules cassées
  • Un livre : Geules cassées de la Grande Guerre, par Sophie Delpaporte.