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Saint-Kilda (Hiort en écossais) est un archipel écossais, isolé dans l’océan Atlantique et situé à 64 km à l’ouest-nord-ouest de l’île de North Uist. Faisant partie de la division administrative de l’archipel des Hébrides extérieures, il en contient les îles les plus à l’ouest. L’île principale est Hirta, dont les falaises maritimes sont les plus hautes du Royaume-Uni. La population de l’archipel, de langue gaélique, devint inférieure à 100 habitants après 1851 et n’a probablement jamais dépassé 180. Elle fut entièrement évacuée à sa propre demande en 1930 .

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L’héritage historique de ces îles contient de nombreux éléments architecturaux uniques remontant à la préhistoire, bien que le premier écrit mentionnant une présence humaine sur ces îles date du bas Moyen Âge. Le village médiéval sur Hirta fut reconstruit au XIXe siècle puis évacué en 1930 devant la rudesse des conditions de vie.

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La totalité de l’archipel est la propriété du National Trust for Scotland et le site classé de Saint-Kilda, s’étendant sur 225 km², est l’un des quatre sites écossais classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO avec Édimbourg, Skara Brae et New Lanark. Les îles sont une zone de reproduction pour de nombreuses espèces d’oiseaux marins dont les fous de Bassan (deuxième plus importante colonie mondiale), les pétrels, les macareux moines et les océanites cul-blancs. Saint-Kilda possède également des sous-espèces spécifiques de troglodyte mignon et de mulot et deux races de moutons. Des groupes de volontaires travaillent sur les îles pendant l’été pour restaurer les nombreux bâtiments en ruines que les habitants ont laissés derrière eux, et partageant les îles avec la petite base militaire établie en 1957.

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L’archipel de Saint-Kilda était particulièrement isolé : la seule façon de s’y rendre lorsque l’écrivain écossais Martin Martin le visita en 1697 était en chaloupe, et il fallait ainsi ramer plusieurs jours dans l’océan ce qui rendait le voyage quasiment impossible en automne et en hiver. Quelle que soit la saison, des vagues jusqu’à 12 m de haut s’abattaient sur la plage de Village Bay, et apponter des jours plus calmes sur les rochers glissants restait dangereux. Ainsi séparés par la distance et la météo, les habitants en savaient peu sur le reste du monde. Après la Bataille de Culloden en 1746, des rumeurs disaient que le prince Charles Édouard Stuart et certains de ses aides jacobites s’étaient échappés à Saint-Kilda. Une expédition fut ainsi lancée et les soldats britanniques débarquèrent sur Hirta : ils ne trouvèrent qu’un village désert, car les habitants craignant les pirates s’étaient réfugiés dans les grottes à l’ouest. Une fois les habitants persuadés de revenir, les soldats découvrirent qu’ils n’avaient en réalité aucune idée de qui était le prince, et n’avait jamais entendu parlé du roi George II non plus.

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Même à la fin du XIXe siècle, la principale façon qu’avaient les insulaires de communiquer avec le reste du monde était en faisant un feu au sommet du Conachair, et espérer qu’un navire le verrait. L’autre façon était le « navire postal de Saint-Kilda », inventé par John Sands qui visita l’archipel en 1877. Lors de son séjour, un naufrage laissa neuf marins autrichiens abandonnés, et leur stock de vivres commençait à être bas en février. Sands attacha alors un message à une bouée de sauvetage sauvée du Peti Dubrovacki et la mit à la mer. Neuf jours plus tard, la bouée fut récupérée à Birsay, au nord-ouest de l’archipel des Orcades, et une expédition de sauvetage fut mis en place.

St_Kilda_mailboatMise à l’eau de « l’embarcation », 1897. Source

Les insulaires reprirent l’idée en arrangeant un morceau de bois de façon à ce qu’il prenne la forme d’un bateau, l’attachant à une vessie flottante en peau de mouton, et y plaçant une petite bouteille ou boîte de conserve contenant un message. En lançant « l’embarcation » lorsque les vents venaient du nord-ouest, deux tiers des messages arrivaient à la côte ouest d’Écosse ou, ce qui était moins pratique, en Norvège.

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Une autre particularité caractéristique de la vie sur l’archipel était l’alimentation. Les insulaires gardaient des moutons et quelques bovins, et avaient des cultures limitées d’orge et de pommes de terre sur les terres mieux irriguées de Village Bay. Samuel Johnson observa qu’au XVIIIe siècle, les insulaires faisaient de petits fromages à partir du lait des moutons. Ils évitaient la pêche en raison de mers fortes et d’une météo imprévisible. La principale source de nourriture venait des oiseaux, en particulier les fous de Bassan et les fulmars; on ramassait les œufs et les jeunes oiseaux et les consommait frais ou traités. Les macareux adultes étaient attrapés en utilisant des cannes à pêche. Cette particularité de l’île avait un prix : lorsque Henry Brougham visita l’archipel en 1799, il écrivit que « l’air était infecté par une puanteur presque insupportable -un mélange de poisson pourri, crasses de toutes sortes et d’oiseaux puants ».
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L’école (côté droit) fut construite comme une annexe à l’église. Source.

Les fouilles de la Taigh an t-Sithiche (« maison des fées ») en 1877 par Sands mirent à jour les restes de fous de bassan, moutons, bovins et berniques parmi des outils en pierre. Ce bâtiment a entre 1 700 et 2 500 ans, ce qui suggère que le régime des insulaires a peu changé depuis. En effet, même les outils furent identifiés par les habitants, qui pouvaient les nommer par similitude à ceux qu’ils utilisaient toujours. La chasse des oiseaux nécessitait une aptitude considérable pour l’escalade, en particulier sur les stacks à pic. Une tradition importante dans l’île comportait la Mistress Stone (« pierre maitresse »), une ouverture en forme de porte dans les rochers au nord-ouest de Ruival surplombant un ravin. Les jeunes hommes de l’île devaient y passer lors d’un rituel visant à démontrer leurs aptitudes sur les rochers escarpés, prouvant ainsi qu’ils étaient dignes de prendre épouse.
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Cleitean servant d’entrepôts et particulièrement nombreux sur l’archipel.. Source.
D’une certaine façon, malgré les privations, les habitants avaient la « chance » d’être isolés puisque cela leur épargnait les malheurs de la vie ailleurs. Par exemple, nous ne connaissons pas un habitant de St-Kilda qui se soit battu dans une guerre. Martin Martin écrivit également que les habitants avaient l’air « plus heureux que la plupart des hommes, étant presque les seuls dans le monde à sentir la douceur de la véritable liberté ». De plus, au XIXe siècle, leur santé et bien-être relatif offrait un contraste positif avec les conditions que l’on trouvait ailleurs dans les Hébrides. Cependant, il ne s’agissait pas pour autant d’une société utopienne : les insulaires avaient des serrures en bois sur leurs propriétés, et un délit entraînait une peine financière, même si aucun crime grave commis par un insulaire n’a été attesté.

Sraidhiort.jpgRue principale, après restauration. Source.

Avec le décès de quatre hommes à cause de la grippe en 1926, les années 1920 furent marquées par une succession de récoltes infructueuses. Le professeur Andy Meharg et son équipe de l’université d’Aberdeen enquêtèrent sur les sols où les récoltes poussaient, et ils trouvèrent que les terres étaient très polluées (plomb, zinc, arsenic et cadmium principalement), résultant de l’utilisation des cadavres d’oiseaux et des cendres de tourbes dans l’engrais pour les champs du village. Ceci se déroula sur une longue période de temps, alors que l’utilisation d’engrais devenait plus intensive et peut avoir été un des facteurs de l’évacuation. La mort d’une jeune femme d’une l’appendicite en janvier 1930, Mary Gillies, fut la « goutte d’eau qui fit déborder le vase » : le 29 août, les 36 insulaires restants furent évacués à leur propre demande, principalement à Morvern près de Lochaline, où le Service des forêts du département de l’Agriculture leur a fourni des emplois.

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Le village entouré d’un mur d’enceinte, avec sa rue du XIXe siècle et la nouvelle base militaire sur la droite. Source

Le matin de l’évacuation annonçait un jour parfait, le soleil se levant d’une mer calme et étincelante, réchauffant les impressionnantes falaises d’Oiseval. Selon la tradition, les insulaires laissèrent une bible ouverte et un petit tas d’avoine dans chaque maison, verrouillèrent les maisons et, à sept heures le matin, s’embarquèrent sur le Harebell. Il a été dit qu’ils sont restés de bonne humeur pendant l’opération. Cependant, alors que la longue corne de Dùn disparaissait à l’horizon et que les côtes familières de l’île s’évanouissaient, la rupture avec ce lien ancien devint une réalité et les insulaires laissèrent place aux larmes.

Sources et ressources complémentaires