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Contrairement au gisant représentant un personnage couché et endormi, dans une attitude béate ou souriante, le transi est une sculpture funéraire qui figure un personnage également couché, mais ici dans le réalisme de la putréfaction. De façon exceptionnelle, ce transi, comme celui du duc René dans l’église Saint-Étienne à Bar-le-Duc (ci-dessous), sculpté par Ligier Richier, est debout, son écu lissé, et tendant son cœur à pleine main vers le ciel.

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Elle représente le corps de René de Chalon, prince d’Orange. Celui-ci est mort au combat en 1544, âgé de 25 ans. Trois ans plus tard, sa femme Anne de Lorraine, fille du duc Antoine, demanda à Ligier Richier de représenter son corps. L’artiste lorrain représenta alors René de Chalon avec son cœur à la main, comme s’il voulait l’offrir. Le sens à donner à cette posture n’est pas connu. Certains estiment que cela montre la supériorité de l’esprit sur le corps (offrir sa vie à Dieu), d’autres voient ceci comme une marque de pénitence. L’aspect esthétique de l’œuvre est incroyable de réalisme et la précision de l’écorché laisse penser que Ligier Richier avait acquis de profondes connaissances anatomiques.

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Transi de Guillaume de Harcigny, Musée de Laon. Source

Très représentative tant en raison de la personnalité du défunt, médecin personnel du roi, qu’en raison de l’apparition du thème nouveau du transi, cette sculpture en est aujourd’hui le plus ancien témoignage conservé dans les collections françaises. Il s’agit d’un très haut-relief sculpté dans un monolithe de calcaire beige grisâtre contenant des restes de fossiles et des grains de glauconie verdâtre, qui rappelle la décomposition. La dépouille, allongée sur le dos, très droite, nous montre un homme d’une stature haute et mince, au corps assez bien conservé un an après la mort. Le visage est squelettique et les cheveux ondulés ont poussé, les côtes apparaissent, mais les fessiers sont encore présents. Source

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Transi de René de Châlons, plan rapproché. Source

Apparu dans ce XIVe siècle où guerre (celle de Cent Ans), peste et famine ont fauché la moitié de la population, le transi marque une cassure dans l’art funéraire du Moyen Âge. L’horreur et les vers, la putréfaction et les crapauds remplacent — brutalement — sourires, heaume ou hennin. Guillaume de Harcigny ne joint pas les mains dévotement, mais tente, de ses phalanges sèches, de cacher un sexe pourri depuis longtemps. Le cardinal Lagrange exhorte le passant non à prier pour lui, mais à faire preuve d’humilité, car tu seras bientôt comme moi, un cadavre hideux, pâture des vers.

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Transis de Louis XII et d’Anne de Bretagne, qui se trouve à la Basilique St Denis. On peut remarquer l’ouverture recousue, nécessaire à l’éviscération, au niveau du ventre du défunt. Source

Le terme transi apparaît au XIIe siècle dans l’acception de « transi de vie », c.-à-d. « trépassé ». La religion populaire, empreinte de magie, en fait un saint à invoquer dans les cas désespérés. On trouve un bon exemple de ce culte à Ganagobie dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Transi_Guillaume_Lefranchois_Arras_31052014_02Ci-dessus, Transi de Guillaume Lefranchois, après 1446, cliché Musée des Beaux-Arts d’Arras. La dégradation du cadavre de Guillaume Lefranchois est en cours et des vers grouillants sortent de son ventre fendu. Sur une natte tressée, symbole de repentir, il est étendu avec un phylactère enroulé à ses pieds et le long de son corps. L’inscription nous apprend qu’il s’agit de Maître Guillaume Lefranchois, docteur en médecine et théologien, trépassé le 6 octobre 1446. Il clame dans un phylactère l’espérance en son salut. Les jambes croisées accentuent la raideur du corps. On peut penser que la profession du défunt – il est médecin – n’est pas étrangère au réalisme rare du cadavre : il sait de quoi est fait le corps. Source


L’homme à moulons est daté du premier quart du XVIe siècle. Ce transi en pierre blanche d’Avesnes peinte en noir, représente un cadavre en état de putréfaction. La mort nous est montrée telle qu’elle est perçue au Moyen-Age : l’homme apparaît torturé, appréhendant la mort, envahi par la peur de l’enfer. Source
Seules certaines régions sont touchées par le remplacement des gisants par des transis. Ainsi en est-il de l’Est de la France et de l’Allemagne occidentale. En revanche, le transi demeure exceptionnel en Italie ou en Espagne. Huizinga voit la preuve dans l’apparition des transis d’une crise morale. Tenenti, à l’inverse, y voit une horreur de la mort : célébration de « la vie pleine ». Philippe Ariès se positionne plutôt du côté de Tenenti. Se fondant sur les derniers vers du sonnet I de Ronsard (« O charoigne, qui n’es mais hon,/Qui te tenra lors compaignée ?/ Ce qui istra [sortira] de ta liqueur,/ Vers engendrés de la pueur/ De ta ville chair encharoignée. », cité p.30), l’historien nous explique que l’horreur de la décomposition n’est pas post mortem, mais dans la maladie.

En France et en Europe, on dénombre environ :

  • XIVe siècle : 5 transis ;
  • XVe siècle : 75 transis ;
  • XVIe siècle : 155 transis ;
  • XVIIe siècle : 29 transis.

Sources et Ressources complémentaires: