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« La racine du mal se trouve dans le fait que le gouvernement du Congo est avant tout un trust commercial, que tout le reste y est subordonné à la volupté du gain… » Casement, 1901.

L’État indépendant du Congo était un territoire sur lequel le roi Léopold II de Belgique exerça une souveraineté de fait de 1885 à 1908. C’est aujourd’hui la République démocratique du Congo. Le territoire était exploité surtout pour son caoutchouc. Et cette exploitation s’est traduite dans la chair des congolais.

Dans le magazine américain Times du 18 novembre 1895, le missionnaire américain Murphy écrit : « La question du caoutchouc est au cœur de la plupart des horreurs perpétrées au Congo. Elle a plongé la population dans un état de total désespoir. Chaque bourg du district est forcé d’en apporter une certaine quantité tous les dimanches au quartier-général. Le caoutchouc est récolté par la force ; les soldats conduisent les gens dans la jungle ; s’ils ne veulent pas, ils sont abattus, leurs mains sont coupées et portées comme trophée au commissaire. Les soldats se moquent bien de ceux qu’ils frappent et tuent, souvent des pauvres femmes sans défense et des enfants inoffensifs. Ces mains — les mains des hommes, des femmes et des enfants — sont alignés devant le commissaire qui les compte pour vérifier que les soldats n’ont pas gaspillé leurs cartouches. Le commissaire est rémunéré l’équivalent d’un penny par livre de caoutchouc récoltée ; c’est donc évidemment son intérêt d’en faire produire autant qu’il est possible »

Par une logique qui échappe donc au bon-sens, et comme les quotas étaient inatteignables, le résultat fut qu’on ramenait beaucoup de main pour compenser. Des mains prises sur des cadavres ou sur des vivants.

rubberC’est ce que l’on appelle alors la pratique des « mains coupées ». Casement, diplomate britannique auteur en 1903 d’un rapport sur la situation, prétendait que les européens travaillant pour l’E.IC demandaient explicitement aux caporaux noirs envoyés dans les villages pour lever leur quota de caoutchouc auprès des populations locales, de ramener pour chaque balle de fusil ayant tué un « indigène » une « main coupée », preuve que la balle n’avait pas été utilisée à d’autres fins (braconnage, revente). Conan Doyle cite ce dialogue tiré du rapport Casement : « — Sur la Boussira, la SAB, avec 150 fusils, obtient 10 tonnes de caoutchouc par moi ; nous, l’État, à Momboyo, avec 130 fusils, en obtenons 13 tonnes par mois. — Alors vous comptez en fusils ? — Partout, chaque fois que le caporal s’en va chercher du caoutchouc, on lui donne des cartouches. Il doit les ramener toutes inutilisées ; ou, à chaque fois qu’il s’en sert, il doit ramener une main droite. »Le problème est que certains caporaux utilisaient les balles pour braconner et ramenaient leurs mains sur des vivants. Et Conan Doyle d’ajouter : « J’ai les photographies d’au moins 20 nègres ainsi mutilés en ma possession ».

Cette histoire a accéléré le changement de statut du Congo. La suite, toute coloniale, est très bien décrite sur Wikipédia.