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Les premières cartes postales photographiées apparaissent en France après 1890. La carte postale prend un essor considérable, surtout avec l’Exposition universelle de Paris, en 1900, et va connaître un âge d’or, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. La carte postale peut être utilisée comme un nouveau média; et à côté des grands éditeurs nationaux, de petits photographes locaux vont fixer, pour la postérité, les événements marquants, les scènes typiques de la vie quotidienne, de la vie politique… et les pouilleux de chaque coin de France.

Plus précisément les mendiants. C’est bien connu, on apprécie toujours de savoir qu’il y a plus pauvre que soi, alors autant en faire profiter la famille… « hey, regarde, je suis en vacances chez les pauvres, c’est tellement exotique! Il fait beau, tu me manques, bisous!« . Le 19e siècle, ce concentré d’inégalités sociales. Au moins, de nos jours, on ne s’envoie pas de cartes postales avec des roms dans des camps de fortune. Remarquez, on n’envoie plus de carte postale. Aujourd’hui, on poste sur Instagram des photos de soi faisant du bénévolat chez les pauvres d’Afrique (« tu comprends, ces enfants, ils n’ont rien mais ils ont le sourire dans les yeux! »). De même, photographier des mendiants au 21e siècle, ça s’est fait en plein Paris dans les quartiers touristiques.

Voici une petite sélection bretonne, mais sachez qu’il existe des cartes similaires pour toutes les régions de France, et que le phénomène s’est retrouvé dans d’autres pays européens, ou prenant pour modèles des pauvres de territoires colonisés.

Mendiant3Petites mendiantes de Quimper. Source. Victor Hugo, tiens toi bien, Cosette est Bretonne, et elle a une sœur.

MendiantBreton3Vieux mendiant de Carhaix, vers 1900. Source.

Il faut dire, à l’époque (vers 1850), mendier est une profession comme une autre en Bretagne, ayant pratiquement un statut officiel: le mendiant est un « klasker bara », un « chercheur de pain ». Le Finistère compte alors à lui seul 40.000 mendiants. Source

MendiantBretonLes chansons de Botrel « Yann Guenille ». Carte postale du Finistère. Source.

MendiantBreton2Vieux mendiant breton. Source.

Pas de pardon en Bretagne sans la présence de mendiants. Ils sont les premiers arrivés le samedi, sur les lieux de la fête. Les pèlerins, à l’approche de l’église ou de la chapelle, avancent entre une double haie de mendiants. Leur grand pardon est celui de Saint Yves le 19 Mai, qui est non seulement le saint patron des hommes de loi, mais aussi celui de tous les pauvres. D’autres rassemblements spectaculaires de mendiants sont les pardons de Sainte Anne de la Palud et Rumengol près du Faou ( environ 400 mendiants se retrouvaient à Rumegol ).

Les mendiants savaient enfin que lors d’un mariage, le troisième jour leur était consacré : ils accouraient en foule au « repas des pauvres » servi avec les restes des jours précédents. Ils étaient traités comme les autres invités et les nouveaux mariés se devaient de danser avec eux.

Source

MendiantBreton4« Costumes du Finistère » – Mendiante (vers 1904). Source. Parce que c’est bien connu, le costume de ces ploucs du Finistère, c’est un amas de guenilles. Oublie les bigoudènes!

MendiantBreton5Plougastel (Finistère) – Un mendiant. Source. Preuve qu’à Plougastel, avant les fraises, on trouvait déjà ceux qui les sucraient.

MendiantBreton7Le Folgoët – Mendiant, un jour de Pardon. Source. La Bretagne, ses clochers, ses grenouilles de bénitiers, et ceux à qui on fait la charité.