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Des douzaines d’yeux vous regardent depuis les toits des favelas de Rio de Janeiro ou les murs d’autres bidonvilles. Ils sont de JR, un artiste français semi-anonyme, discret, mais dont la dimension des oeuvres parle pour lui. Et le but avoué, c’est bien de changer le monde.

LEAD-Action-in-Kibera-Slum-Rooftops-View-Kenya-2009Kenya, 2009

J’ai commencé quand j’avais 15 ans. Et à l’époque, je ne pensais pas à changer le monde; je faisais des tags, j’écrivais mon nom partout, en me servant de la ville comme d’une toile. J’allais dans les tunnels de Paris, sur les toits avec mes amis. Chaque sotie était une excursion, c’était une aventure. C’était comme laisser notre marque sur la société, pour dire, « j’étais là, » en haut d’un immeuble. » Source

14.-Cambodia-Phnom-Penh-Demolition-March-2009Phnom Penh, Cambodge, 2009

C’est après avoir trouvé un appareil photo à l’âge de 17 ans qu’il a commencé à documenter ses expériences, qu’il rendait sous forme de photocopies, et qu’il affichait.

3.-Phnom-Penh-Open-Eyes-Cambodge-2009Phnom Penh, Cambodge, 2009

Après les émeutes de 2005 dans les banlieues françaises, il retourne dans ces endroits où il avait affiché, auprès de ces jeunes qu’il avait côtoyés et pris en photo. Avec un objectif 28 mm, qui l’oblige à être à 25 cm des personnes, il prend quatre portraits de gens du Bosquet. « Ils faisaient des grimaces effrayantes pour jouer à être des caricatures d’eux-mêmes. Et puis j’ai affiché des posters immenses partout dans les zones bourgeoises de Paris avec le nom, l’age, et même le numéro d’immeuble de ces types. Un an plus tard, l’exposition était affichée devant la mairie de Paris. Et nous passons de ces images prises qui ont été volées et déformées par les médias, qui maintenant s’emparent de leur propre image. C’est là que j’ai réalisé la puissance du papier et de la colle. Alors est-ce que l’art courrait changer le monde? » Source

12.-India-New-Delhi-March-2008New Delhi, 2008

En 2007, il se rend au Moyen-Orient avec un ami, et fait le portrait de palestiniens et israéliens qui exercent le même travail: chauffeur de taxi, avocat, cuisinier. Les portraits sont affichés côte à côte dans huit villes israéliennes et palestiniennes et des deux côtés du mur; il s’agit du projet Face2Face.

16.-Extra-Favela-Morro-Da-Providencia-Rio-de-Janeiro-August-2008Rio de Janeiro, 2008

En 2008, il enchaine sur le projet Women are heroes, où la favela Morro da Providência fait la une des médias non pour sa violence endémique, mais enfin pour une exposition artistique. « Pour rendre hommage à celles qui occupent un rôle essentiel dans les sociétés, mais qui sont les principales victimes des guerres, des crimes, des viols ou des fanatismes politiques et religieux, JR a habillé l’extérieur de la favela avec ses immenses photos de visages et de regards de femmes, réunissant subitement la colline et le village dans un regard féminin. «C’est un projet fait de bric et de broc, comme la favela elle-même. On s’est adapté à l’environnement dans cet univers où les toits des maisons sont en plastique et les revolvers des enfants en acier. On s’est débrouillé malgré les rues en pentes, les maisons chancelantes, les câbles électriques imprévisibles et les échanges de tirs qui traversent parfois plusieurs maisons« .

escalier_2287_hd_0Rio de Janeiro, 2008

Au Kenya, à Kibera, ce sont les toits des maisons qui ont été couverts, dans le cadre du projet Women are heroes. Pas de papier, mais de vinyle, pour être utile et empêcher l’eau de pluie d’entrer dans les maisons.

JR-Women-Are-Heroes-art-in-Kenyan-slum7.-Kibera-Slum-Train-Diagonale-Kenya-2009Kenya, 2009.

Le projet a continué en Inde, où il est impossible d’afficher. « On m’a dit que c’était culturel, et que c’était la loi, on nous arrêterait dès la première affiche. Alors nous avons décidé d’afficher du blanc, du blanc sur les murs. Imaginez donc des blancs qui affichent des papiers blancs« . Sauf que les papiers en question étaient plein de colle, stratégiquement située. Au bout de quelques jours, la poussière aidant, la photo se révèle d’elle-même.

28_millimetres_-_women_are_heroes_action_in_jaipur_holi_fest._inde_2009_1_3_0Jaipur, pendant le festival Holi, 2009.

Le projet Women are heroes a créé une dynamique dans les communautés, qui a été maintenue après le départ de JR et ses acolytes. Il y a un centre de contrôle à Providencia, et chaque année, d’autres toits sont couverts à Kibera.

20.-Action-dans-la-Favela-Morro-da-Providência-Favela-de-nuit-Rio-de-Janeiro-Brésil-2008Rio de Janeiro, 2008

L’art peut changer le monde. L’art n’est pas censé changer le monde, changer les choses matérielles, mais changer les perceptions. L’art peut changer la façon dont nous voyons le monde. L’art peut créer une analogie. En réalité, le fait que l’art ne puisse pas changer les choses en fait un lieu neutre pour les échanges et les discussions, et vous donne ensuite la possibilité de changer le monde » Source

1__dsc0649_v2Le Havre, 2014.

« Le 05 Juillet 2014, un porte-conteneurs de 363 mètres de long quitte le Port du Havre, pour traverser le monde jusqu’en Malaisie. 2600 bandes de papier ont été collées en seulement 10 jours, sur des conteneurs, avec l’aide des dockers.
 Les femmes du projet Women are heroes ont fait confiance à JR, avec la seule promesse de faire voyager « leur histoire ». JR l’a fait, des ponts de Paris aux murs de Phnom Penh, jusqu’aux gratte-ciels de New York. Women Are Heroes se termine avec ce navire quittant le rivage. Une image gigantesque, flottant à l’infini. Comme pour illustrer le courage immense de ces femmes face aux difficultés qu’elles affrontent. Nous n’avons aucune idée de ce que contiennent les conteneurs : affaires de gens quittant un pays pour construire une autre vie, produits qui vont être transformés, consommés… Nous ne savons pas non plus où et comment les gens verront ce regard mais nous sommes certains que certaines femmes, très loin, sentiront quelque chose à la vue de ce bateau. » Source